LÜDIQ : innover pour répondre à la crise du logement au Québec

Loyers en hausse, familles peinant à joindre les deux bouts, parents débordés… Dans ce contexte, comment offrir aux enfants un milieu de vie sain dans lequel s’épanouir ? C’est le défi que s’est donné l’entreprise d’économie sociale LÜDIQ, récipiendaire en 2025 du prix Coup de cœur de l’innovateur en chef pour le secteur de la construction, remis en partenariat avec l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

« Les enfants n’ont aucune raison de subir la crise immobilière ». Cette conviction guide Anthony Thériault-Marghem, fondateur de l’entreprise d’économie sociale LÜDIQ qui développe des bâtiments conçus pour loger des familles.

Dans son ancienne vie, Anthony Thériault-Marghem possédait une entreprise florissante avec laquelle il a construit plus de 150 maisons unifamiliales. Mais l’arrivée de la Covid-19 bouleverse ses plans. « On a décidé de fermer l’entreprise, se remémore-t-il. On signait des hypothèques à 800 000$, les couples divorçaient un an plus tard à cause des pressions financières. Je n’aimais pas mon rôle. En tant qu’entrepreneur, je veux que mes actifs contribuent à la collectivité. »

Il décide de se lancer dans un projet ambitieux. « On dit que ça prend un village pour élever les enfants. À chaque bâtiment LÜDIQ, on construit un nouveau village », résume l’entrepreneur.

Le modèle étant inédit, il lui faut s’entourer de partenaires qui pourront lui apporter les expertises manquantes. L’entrepreneur débute en se tournant vers la municipalité de Trois-Rivières, où se situera le premier immeuble, qui offre un congé de taxes de 35 ans au projet. 

Il se dirige ensuite vers l’Université du Québec à Trois-Rivières, où onze chaires de recherche répondent à l’appel, offrant leur expertise dans des domaines divers, depuis l’aménagement des jeux extérieurs jusqu’à la conception d’un guide d’éducation financière pour les adolescents. Les fournisseurs du projet, depuis l’entrepreneur en béton jusqu’à la firme de génie civil, ont aussi été appelés à contribuer financièrement à une fondation qui permettra de réduire le coût des loyers. « Sans ces partenaires, on n’aurait pas pu concevoir un projet qui soit autant orienté vers les besoins des enfants », se réjouit l’entrepreneur.

Une fois ces collaborations nouées, Anthony Thériault-Marghem s’est penché sur la conception du bâtiment. Les architectes ont eu à réfléchir différemment pour réduire les coûts tout en respectant les valeurs de LÜDIQ. « On s’est assis ensemble et on a conçu le projet le plus efficace possible », se remémore-t-il. Un exemple : « on a rapetissé les chambres pour enfants à sept par neuf pieds », illustre-t-il, rappelant que des pièces de cette taille sont courantes chez nos voisins européens.

Luc Sirois, innovateur en chef du Québec, en compagnie de Anthony Thériault-Marghem, fondateur et directeur général de LÜDIQ, lors du gala de l’Association provinciale des constructeurs d'habitations du Québec (APCHQ)

Mission sociale

Concrètement, le premier immeuble de LÜDIQ rassemblera 99 logements d’une à quatre chambres à coucher sur six étages. Selon l’étage, les salles communes seront dédiées aux ados, à la création, à la motricité ou offriront un espace pour étudier. Au rez-de-chaussée, un espace de jeu pour les 0-12 ans adjoindra une grande cuisine commune. « Ce qu’on sauve comme coût au pied carré peut être réinvesti dans nos pièces communes », explique Anthony Thériault-Marghem.

Si son succès le place aujourd’hui à l’abri des soucis financiers, c’est sa propre expérience qui sert de fondation à tout le projet. Ayant grandi dans une famille monoparentale – sa mère parvenait à subvenir à ses besoins avec son salaire de coiffeuse – il remarque à quel point le mode de vie de son enfance est désormais rendu inaccessible. « On avait un beau logement dans un secteur sécuritaire. Je faisais du skateboard l’été, du snowboard l’hiver. Ma mère pouvait être présente mentalement et physiquement pour moi. Si elle m’avait eu en 2024, je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui ! » Qu’est-ce qui a changé ? « Les familles ont des trop gros paiements de loyer, d’hypothèque », estime l’entrepreneur.

Pour l’innovateur en chef du Québec Luc Sirois, la motivation de l’entrepreneur est à la source d’un projet qui dépasse la simple innovation au niveau des matériaux, du design ou de la technologie.

« LÜDIQ c’est plus qu’un toit, résume Anthony Thériault-Marghem avec fierté. Nous sommes un levier pour permettre le meilleur développement de l’enfant, sa réussite scolaire et aider à la santé mentale des parents. » Tout ça grâce à un milieu de vie qui pense autrement.

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