Nationex innove pour rendre la livraison plus verte, un colis à la fois

Passer des commandes en ligne est devenu un réflexe. En apparence très simple, ce service cache pourtant une logistique d’une grande complexité. À lui seul, le « dernier kilomètre » – qui transporte nos colis depuis le centre de livraison le plus près jusqu’à chez nous – a un impact énorme. Il coûte jusqu’à 60 % du prix total du transport, en plus d’émettre la moitié des gaz à effet de serre de toute la chaîne logistique et de congestionner nos artères. C’est à ce problème que s’est attaqué l’entreprise québécoise Nationex, récipiendaire du prix Coup de cœur de l’innovateur en chef pour le secteur des transports en 2025. 

Avant d’être entrepreneur, Clément Sabourin était journaliste spécialisé en environnement. « J’avais l’impression d’écrire la nécrologie de notre planète », soupire-t-il. « J’ai eu envie d’être acteur et pas seulement témoin ». Il constate au même moment que la technologie pour le verdissement du « dernier kilomètre » est devenue mature, particulièrement en Europe et en Asie. Il décide de se lancer. 

Sa jeune pousse, Courant plus, lui permet de tester la livraison à vélo cargo électrique à Montréal. C’est un succès qui attire rapidement le regard de Catherine Pinard, PDG de Nationex. « Elle aimait la notoriété et les clients de notre entreprise, mais elle aimait aussi notre dynamisme, nos ambitions. Elle a pris le temps de comprendre ce qui faisait notre succès », se remémore Clément Sabourin. Un achat est bientôt finalisé et l’entrepreneur se voit confier la mission de « penser en dehors de la boîte, depuis la boîte ». C’est ainsi qu’il est nommé directeur de développement durable et des projets spéciaux. 

En plus de développer des manières innovantes de réduire les émissions de carbone de Nationex, il mène des réflexions sur l’impact social de l’entreprise : la façon dont on traite les employés, la communauté qui l’entoure, la gouvernance. Nationex possède la certification B Corp depuis 2025.

Tous ces éléments ont pesé dans la balance au moment d’attribuer un prix Coup de cœur de l’innovateur en chef, qui récompense chaque année les entreprises qui se démarquent par l’excellence de leur culture d’innovation.

« Leur projet s’est distingué par la solidité de leurs solutions logistiques, leur manière de repenser les méthodes de livraison, et l’ampleur de leurs retombées », a partagé Luc Sirois, l’innovateur en chef du Québec, qui voit dans les succès de Nationex toute la force d’une culture d’innovation assumée et bien menée.

Toujours chercher à faire mieux

« Nationex faisait les choses d’une certaine façon depuis 45 ans », admet Clément Sabourin. Il observe cependant que « les manières de faire évoluent. » Comment aider l’entreprise à innover pour s’adapter au marché, sans provoquer de résistance au changement ? Le directeur en est conscient : le changement demande du travail.

« Mon poste est transversal à toute l’entreprise », note-t-il d’emblée, expliquant qu’il pourra autant collaborer avec le secteur des ventes pour dénicher des clients séduits par l’offre durable qu’avec les opérations pour développer un corridor Québec-Montréal entièrement électrifié. « Je ne fais pas que leur balancer un projet, nuance-t-il. Je mets les mains dans le cambouis, je reste là jusqu’à ce que ça fonctionne. »

Résultat : une offre de service qui garantit une livraison verte sur certains trajets, appelés des « zones vertes ». Une innovation développée par la jeune pousse de Clément Sabourin et développée à plus grande échelle chez Nationex. « Les autres entreprises comme Poste Canada vont acheter des véhicules électriques, mais ils sont répartis dans leur flotte. Nous, on peut garantir que toute l’île de Montréal est 100 % électrique. Même si un véhicule est en panne, celui qui le remplacera sera aussi électrique ». Une manière de faire qui séduit des clients préoccupés par l’empreinte environnementale et sociale de leur produit, depuis l’usine jusqu’à la porte.

L’innovation se passe à tous les échelons de l’entreprise, constate le directeur. Si la volonté de la PDG lui a donné un air d’aller, c’est en conversant avec ses collègues sur le terrain qu’il peut identifier les prochaines cibles. « Il faut que les gens soient consultés dès le début », tranche Clément Sabourin. Mais cette consultation ne doit pas servir qu’à cocher des cases, car si la solution mise en place ne permet pas d’améliorer un processus ou de simplifier la vie des gens, elle ne sera pas adoptée. « Il faut que les gens mesurent les bénéfices des nouvelles manières de faire ».

Pour mener à bien ces changements, Clément Sabourin se fie principalement au talent qui se trouve à l’intérieur de l’entreprise. Mais il n’hésite pas à faire appel à des partenaires pour compléter l’expertise. L’inventaire des émissions de GES de Nationex, tout comme la réflexion sur l’intégration de l’intelligence artificielle aux processus ont par exemple été menés grâce à des consultants externes.

« L’innovation, ça part d’en bas », conclut le directeur. « Si on manque d’humilité, si on ne se remet pas en question, si on reste dans notre tour d’ivoire, on n’aura pas d’engagement. »

C’est ainsi qu’une entreprise bien de chez nous parvient à se tailler une place de choix dans l’écosystème de livraison.

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